A Monsieur Marchand-Lacour Directeur de Cabinet de Madame la préfète de la Manche

vendredi 15 mai 2015 par mrap

Objet : Mobilisation pour la citoyenneté

Monsieur le directeur de Cabinet,

Nous rappelons notre courrier du 26 avril 2015 et les échanges qui en ont découlé. Comme suite, vous trouverez, ci-après, les propositions formulées par le Mrap. Nous souhaitons contribuer à ce que nos compatriotes, ayant des racines culturelles étrangères, ne ressent pas, notamment aux travers des commémorations, une forme d’exclusion de leur mémoire et se reconnaissent dans les valeurs du vivre ensemble. En effet, ces Français là sont trop souvent confrontés au rejet raciste et aux discriminations

Nous suggérons donc, par exemple sous l’égide de l’éducation nationale et dans l’esprit du Concours National de la Résistance et de la Déportation, que soit réalisé et promu un travail collectif, autour de deux axes.

1-Le rôle joué par les soldats et résistants étrangers dans la victoire contre le nazisme.

La valorisation de cette mémoire nous semble notamment devoir prendre en compte les éléments suivants.

Dés 1939, soixante dix mille étrangers se sont engagés dans l’armée française. En 1940, cent cinquante mille coloniaux étaient massés sur le front. Un grand nombre d’étrangers se sont retrouvés dans la Résistance ou dans les armées de la France Libre. Ils venaient d’Afrique Noire et du Maghreb, d’Asie, d’Océanie mais aussi de l’Europe tout entière. Combattants étrangers de la Résistance, ils étaient Algériens, Marocains, Tunisiens, Africains, Malgaches, Arméniens, Hongrois, Polonais, Italiens. Auparavant, certains avaient déjà combattu le fascisme qui avait triomphé en Italie, puis en Allemagne et en Espagne. Ainsi, les républicains espagnols ont contribué à libérer Paris. D’autres ont constitué la Main d’œuvre Immigrée (MOI), notamment ceux du groupe Manouchian, désignés comme « terroristes » sur l’Affiche rouge.

Pourrions-nous accepter que nos cimetières où se mêlent par milliers les croix chrétiennes, les étoiles juives et les croissants de l’islam, soient ensevelis sous l’oubli et l’ingratitude ? demandait le Général de Gaulle le 23 avril 1968.

2- L’espoir porté par les combattants « venus d’ailleurs » et ayant contribué à la victoire sur la barbarie nazie, qu’ils verraient leurs peuples bénéficier de la liberté chèrement acquise et sortir du statut colonial pour devenir des citoyens de leurs propres patries.

Le devoir de mémoire justifie que soit rappelé les conséquences du refus de prendre en compte l’aspiration profonde de ces peuples, écrasés par de dures répressions : massacres dans la région de Sétif en Algérie le 8 mai 1945, en 1947 à Madagascar…

Combattre toutes les formes de racismes qui se banalisent passe aussi par la reconnaissance de l’histoire et de la mémoire de tous ceux constituant la communauté nationale. Un travail pédagogique, autour des étrangers engagés dans la Résistance ou les armées de la France Libre, serait un hommage rendu, pour le présent et pour l’avenir, à tous les « oubliés de l’histoire » qui ont lutté pour que la devise Liberté, Egalité, Fraternité, ne soit pas un vain mot. Ce serait également s’inscrire dans les valeurs qui fondent la citoyenneté et participer à la construction d’une société plus juste fondée sur l’égalité des droits.

Restant à votre disposition pour tout échange, nous vous prions de croire, Monsieur le directeur de cabinet, en l’assurance de nos sentiments les meilleurs.

Pour le Comité du Mrap,

Le président,

Jacques Declosmenil


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