Lettre ouverte aux participants à la manifestation « Je suis Charlie » et notamment à ceux ayant défilé au premier rang. Nouvel article

jeudi 22 janvier 2015 par mrap

Madame, Monsieur,

Le 11 janvier 2015, des milliers de manifestants ont défilé à Saint-Lô : préfète, élus, militants, simples citoyens…un record historique. Tous voulaient affirmer le rejet de crimes odieux et faire en sorte que la devise : Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité, ne se limite pas à des mots creux mais devienne une réalité dans nos villes et nos quartiers. Beaucoup, attachés la liberté d’expression - le blasphème étant inconnu de la République, légitime et autorisé - ont affirmé avec force : « Je suis Charlie » même si tous ne partageaient sans doute pas l’idéologie de la liberté totale, les caricatures sexistes, et une forme de mésestime à l’égard des couches populaires, réduites à l’image de « beauf », que véhicule notamment ce journal.

Demain pour pérenniser le sursaut républicain qui s’est manifesté le 11 janvier, il est une urgence vitale. Travailler à la construction d’une société fondée sur l’égalité des droits et des devoirs et refusant la haine, le repli culturel et la peur de l’autre. L’unité nationale n’a de sens que si elle n’est pas une façade mais favorise ce qui unit, ce qui rassemble, contre ce qui différencie et divise. Cette unité ne doit pas davantage effacer les débats sur les racines des drames. Aujourd’hui, moult commentaires, discours et réactions ne contribuent pas forcément à une meilleure compréhension de la situation, de ses causes et de ses effets.

Comment cela sera-t-il possible ? Localement pour ce qui concerne le Mrap, nous avons souvent alerté et interpellé sur l’importance de combattre tous les racismes sans hiérarchisation et sans concurrence des mémoires, toutes les exclusions, et sur le devoir d’être aux côtés de ceux qui en sont les victimes qu’elles soient chrétiennes, juives, musulmanes, athées, roms ou homosexuelles…

Trop souvent en pure perte, pour preuves récentes :

Silence de la Préfète suite aux courriers du Mrap relatifs à l’hébergement des personnes en situation de détresse, à la reconnaissance du rôle fondamental des associations, au schéma départemental d’accueil des gens du voyage. Décision de la majorité du Conseil municipal de Saint-Lô de ne pas voter pour un vœu refusant : « les sollicitations haineuses et leur opposant en paroles et en actes, les valeurs historiques de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent la République ». Non réponse du président de l’association des maires de la Manche à la demande de participer à la diffusion de ce vœu ; de même concernant le souhait que le 70eme anniversaire du ghetto de Varsovie soit commémoré par le baptême d’une « Rue des Combattants du ghetto de Varsovie ». Maire de Saint-Lô ne respectant pas l’engagement du candidat à l’élection municipale : « de mettre en place des mesures symboliques et significatives pour lutter contre le racisme et promouvoir l’amitié entre les peuples », absence de toute réaction de la municipalité face à l’horreur engendrée par le dernier conflit israélo-palestinien. Volonté d’effacer de la mémoire officielle le 17 octobre 1961, moment tragique pour les Algériens de l’histoire contemporaine de la France. Large consensus entre la droite et la gauche sur le fait qu’à Saint-Lô une rue soit dénommée, René Lebrun, notable qui a parrainé la candidature de Jean- Marie Le Pen et a été candidat aux élections municipales sur une liste avec Fernand Lerachinel, élu et militant au service des idées d’extrême droite. Fernand Lerachinel a publiquement affirmé : « l’inégalité des races est évidente, même si c’est un tabou ». Refus de s’engager pour que soit accordé le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales aux résidents étrangers extracommunautaires. Elus, et en particulier le Député de Saint-Lô, ayant fait le choix de porter la bannière du catholicisme plutôt que prendre en compte les évolutions sociétales. Initiatives, communiqués, conférence de presse du Mrap… largement occultés par les médias ou totalement ignorés.

C’est à ses œuvres qu’on reconnaît l’homme. Nous appelons donc sincèrement tous ceux qui ont défilé pour la liberté d’expression et contre la violence meurtrière du racisme, et en particulier les autorités, élus, militants politiques, syndicaux et associatifs, directeurs des rédactions locales des médias et journalistes, à prendre du recul et à réfléchir sur les raisons qui, hier, leurs ont fait ignorer les interpellations du Mrap. Comment percevoir les silences et les occultations, autrement que comme une caution implicite à la banalisation du racisme et à la recrudescence des actes qui en découlent au quotidien ? Une telle attitude peut-elle donner à tous les exclus une envie de France ? Bien évidement non.

Devant un horizon bouché, sombre, une seule et unique raison d’espérer : l’inédite et inattendue mobilisation exceptionnelle, massive, du peuple de France dont l’irruption sera désormais un facteur qui doit compter dans l’avenir. Ne gâchons pas cette chance. Ce serait faire le jeu de l’extrême droite.

La démocratie est un Etat de droit égalitaire. La cohérence d’une société ne se construit pas sur la fabrication d’un ennemi désigné mais bien sur la définition d’un projet élaboré en commun qui demande la participation du plus grand nombre sans exclusive, ni anathème…ni naïveté. Le combat pour les droits et libertés fondamentales est un défi universel qui engage les libertés de tous.

Dans un contexte de grave crise sociale, terreau de tous les extrémismes, le mouvement associatif est un acteur incontournable pour que les regards ne se détournent pas et redonner corps au vivre ensemble. Faisons revivre la démocratie. Recréons des citoyens. Promouvons l’éducation populaire. Le Mrap est présent sur des fronts où s’exprime une souffrance sociale souvent dramatique et il participe à la cohésion sociale. Pour qu’après le 11 janvier, rien ne soit plus comme avant, il en appelle donc, dans le respect de son indépendance et de sa spécificité, à une mobilisation civique déterminée et à une réflexion politique d’ensemble prenant effectivement en compte les préoccupations des associations de défense des droits de l’homme.

Dans cet espoir, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, en l’assurance de nos salutations militantes.

Pour le Mrap, Le président du comité,

Jacques Declosmenil


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