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17 octobre 1961 - 17 octobre 2013 : 52e anniversaire - Vérité et Justice

samedi 19 octobre 2013 par mrap

DISCOURS DU PRÉSIDENT DU COMITÉ

Depuis des années le Mrap commémore le drame du 17 octobre 1961, qui a fait environ 300 victimes. Il demande qu’une plaque soit apposée aux abords de ce Mémorial départemental, érigé en souvenir des soldats tués en Algérie.

Le 17 octobre 1961, lors d’une nuit d’enfer, des milliers d’algériens pacifiques sont tabassés. Des hommes désarmés sont jetés dans la Seine. La violence se poursuit les jours suivant. C’est un fait, la haine à l’encontre des Algériens de nombreux policiers et garde mobiles, éduqués dans l’esprit colonial, est au cœur du 17 octobre 1961. Longtemps occulté des deux côtés de la Méditerranée, ce massacre est un des symboles de l’horreur engendrée par le colonialisme.

Malheureusement, les associations d’anciens combattants, soutenues par la municipalité de Saint-Lô, s’opposent catégoriquement à la demande du Mrap qui manquerait un manque de respect à la mémoire des soldats « souvent tués dans des conditions atroces ». Cette accusation nous indigne et nous révolte. En effet, ces associations, qui disent agir pour préserver la paix dans un esprit de réconciliation, ont une mémoire hémiplégique. L’histoire des tragédies nous enseigne que la paix ne peut durablement se construire sur les oublis, les dénis et les mensonges. Le président départemental de Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie a déclaré tout récemment : « Ne croyez-vous pas que, 50 ans après, il est temps de regarder un peu vers l’avenir pour que les peuples Algériens et Français puissent marcher main dans la main ? Pour qu’il n’y ait pas que la paix entre deux peuples, mais la paix dans les cœurs » Ce sont de belles paroles. Comment peut-on les prononcer et vouloir délibérément ignorer ce qui c’est passé le 17 octobre 1961 ? Les associations d’anciens combattants n’ont jamais avancé le moindre argument pour justifier leur refus obstiné qu’une modeste plaque soit mise en place. Pourquoi ? C’est un manque de courage. L’heure est venue de sortir de la schizophrénie et de l’hypocrisie. La majorité de ceux qui ont combattu serait-elle toujours imprégnée par l’orgueil colonial ? Les Algériens doivent-ils être considérés comme des morts à oublier ? Une victime de la guerre d’Algérie est une victime et distinguer entre les bons et les mauvais morts, selon leur origine, est lourd de sens. Est-ce la crainte de faire acte de repentance ? En l’occurrence, il n’y a dans la proclamation de la repentance aucune vertu. Ce dont il s’agit, plus de 50 ans après la fin de la guerre, c’est aller vers une mémoire apaisée. Nous voulons simplement, dans le respect et la solidarité, que l’on se souvienne de toutes les victimes. Ceux qui en sont capables se grandissent. .

Plus d’un demi-siècle après les faits, le Président de la République française, François Hollande, a enfin reconnu, avec lucidité, la sanglante répression du 17 octobre 1961. C’est une première victoire mais la reconnaissance des « faits » ne suffit pas. Cette terrible répression doit être reconnue comme « crime d’Etat ». Ne pas aller au bout de cette exigence, nourrit le racisme, accumule les ruines et les souffrances. Cela ajoute au climat nauséabond qui pèse dangereusement sur l’avenir de notre pays. La menace d’un blanchiment des idées brunes du siècle passé grandit chaque jour : résurgence de l’antisémitisme ; montée de l’islamophobie ; boucs-émissaires désignés à la vindicte publique, tels les gens du voyage et les Roms. Aujourd’hui, la France n’est pas à la hauteur des exigences d’un pays, revendiquant d’être un exemple pour les droits de l’Homme. Elle nous fait parfois honte.

Eu égard à son passé colonial, la France n’est pas davantage à la hauteur de ces exigences. C’est notamment le cas s’agissant de la guerre d’Algérie. Oui, durant cette guerre, nous avons commis des crimes contre l’Humanité : torture, viols, crevettes Bigeard, camps d’internement, villages rasés au napalm qui sont des Oradour sur Glane que la République française veut oublier. Le gaz sarin, qui a été utilisé en Syrie, il a été testé par l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Combien de temps encore, faudra-t-il attendre, pour que toute la vérité soit dite sur tous les crimes coloniaux ?

La guerre d’Algérie fut une sale guerre. En métropole, les forces de l’ordre commandées par le sinistre Maurice Papon, préfet de police de Paris, furent complices de crimes d’Etat. Combien de temps encore, faudra-t-il attendre, pour que toute la vérité soit dite sur le 17 octobre 1961 ? Autre crime d’Etat, les centaines de blessés et les 9 morts au Métro Charonne, le 8 février 1962. L’immense émotion, soulevée par ces neufs morts, longtemps, a effacé le souvenir du 17 octobre 1961, comme si Charonne faisait partie de l’histoire française et le 17 octobre de l’histoire algérienne. Et pourtant les morts du 17 octobre sont aussi ceux de notre histoire.

La guerre d’Algérie a laissé un héritage de haine, de peur, de culpabilité et de vengeance. Certains veulent entretenir cet héritage. Se souvenir du 17 octobre 1961 ne veut pas dire oublier les autres souffrances. La souffrance des jeunes engagés ou rappelés, brutalement projetés dans la guerre où 30 000 perdirent la vie. La souffrance des harkis, abandonnés, massacrés et transférés dans des camps en France. La souffrance et les malheurs des Français d’Algérie, victimes des assassins de l’OAS et contraints à l’exil. Méditons sur le fait que la France de 2013, qui peine à accueillir et à régulariser quelques milliers d’immigrés victimes de la guerre, de l’oppression et de la misère, a été capable, dans les années soixante, d’intégrer 800 000 rapatriés !

Dans un contexte de guerre les deux parties commettent des horreurs. Réclamer l’indépendance d’un pays colonisé est une cause juste. Elle a coûté la vie à au moins 250 000 Algériens. Oui, le FLN a commis des horreurs contre des français. Cela ne peut effacer que le 17 octobre 1961 fait partie intégrante de notre histoire. Ceux qui se sont battus ne sont pas responsables de ce drame cruel. Le peuple français n’en est pas davantage responsable. Les responsables ce sont les dirigeants à l’époque : Charles de Gaulle, chef de l’Etat ; Michel Debré, premier ministre ; Roger Frey, ministre de l’intérieur.

Effectivement, après plus de 50 ans, le temps n’est-il pas venu de tourner le dos aux inutiles guerre de mémoires ? Le temps n’est-il pas venu de tourner le dos aux fratricides concurrences des victimes ? Ne laissons pas indéfiniment suppurer les blessures qui divisent. Ne convoquons pas, encore et toujours, les fantômes pour qu’ils bataillent à l’infini. Parce que la France, pour beaucoup des peuples du monde, est le pays des droits de l’Homme, notre pays doit avoir la force de revenir sur les heures sombres de son histoire. Il doit en faire un examen lucide et courageux. Ceux qui le refusent l’affaiblissent. Dire toute la vérité sur le passé entre la France et l’Algérie, c’est se reconnaître dans le présent et se découvrir pour le futur.

Par notre présence nous affirmons que la France s’accepte telle qu’elle est, dans sa diversité. Dans une période de crise économique aigue et d’inégalités sociales criantes, le bouillon de culture des idées d’extrême droite et le virus identitaire affectent gravement toute la société. Construire une société libre, démocratique et tolérante, « dans laquelle tous les hommes vivent en harmonie et avec les mêmes opportunités », paroles de Nelson Mandela, est un enjeu majeur. Pour y parvenir nous devons dire aux jeunes générations, issues de l’immigration et devenues des français à part entière, dont les ascendants furent des victimes du 17 octobre 1961, que nous reconnaissons leur histoire, celle de la France. Respecter cette mémoire c’est, au contraire d’entretenir les rancoeurs, éviter aux génération futures les déchirements d’hier. Le faire, c’est être l’incarnation d’une France réconciliée avec son passé douloureux et donc d’une France grandie et renforcée.

L’écho de la mémoire du crime d’Etat du 17 octobre 1961 ne disparaîtra pas, bien au contraire. S’agissant de la guerre d’Algérie, elle fut d’abord une guerre civile puisque, les uns et les autres, étaient alors réunis sous le drapeau français. Cela rend sans doute de panser les plaies, plus difficile. Néanmoins nous sommes convaincus que viendra le temps de la réconciliation sincère entre Français, entre Français et Algériens également. Comme pour d’autres confits d’hier, viendra le temps des mémoires affranchies des préjugés et apaisées. Continuons donc de nous mobiliser pour qu’un jour, à Saint-Lô, ici, dans ce lieu du souvenir, il soit possible de rendre un hommage commun à toutes les victimes. Merci pour votre présence et votre soutien.


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