MRAP50

RELANCE 17 octobre 2013

lundi 8 avril 2013 par mrap

COMMEMORATION DU CRIME D’ETAT DU 17 OCTOBRE 1961

Mouvement contre le Racisme

et pour l’Amitié entre les Peuples

Fédération départementale de la Manche

Hôtel de ville

Place Général de Gaulle

50010 Saint-Lô Cedex

Saint-Lô, le 7 avril 2013

à

Monsieur François Digard

Maire de Saint-Lô

Objet : commémoration du crime d’Etat du 17 octobre 1961

Monsieur le maire,

Par courriers des 30 octobre et 03 décembre 2008 et 20 novembre 2009 vous avez mis en avant un certain nombre d’arguments pour justifier le refus de la municipalité, qu’aux abords du Mémorial départemental érigé en souvenir des soldats français tombés lors de la guerre d’Algérie, et propriété de la ville, soit apposée une plaque rappelant le drame du 17 octobre 1961.

Aujourd’hui, des faits importants créent un nouveau contexte.

Le président de la République a reconnu officiellement la sanglante répression du 17 octobre 1961. L’argument : « La ville de Saint-lô n’a pas à se substituer à une responsabilité que l’Etat lui-même n’a pas reconnu » est donc devenu caduc.

Par ailleurs, la loi du 6 décembre 2012 a institué le 19 mars : « Journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc. » Comme suite à cette loi, le message de Kader ARIF, ministre délégué auprès du ministre de la défense, en charge des anciens combattants, lu le 19 mars 2013, est très clair : « (…) Aujourd’hui la France rend hommage à toutes les victimes. (…) La France rend également hommage aux victimes civiles. (…) Plus de 50 ans après cette guerre, c’est désormais une mémoire apaisée qui doit être recherchée. Respect, solidarité, rassemblement, telle est la perspective dans laquelle doivent se placer les acteurs et témoins de cette période, et l’ensemble des Français avec eux. (…) La cérémonie (…) Elle encourage la transmission à l’égard des jeunes, qui seront demain les porteurs de notre mémoire réconciliée, entre Français d’abord, entre Français et Algériens également. Pour que l’avenir soit celui de la réconciliation et de la paix, rendons hommage aux victimes. Ne les oublions pas. »

Notons que le Président du comité de la FNACA de Saint-Lô avait déjà écrit au Mrap, le 15 septembre 2009 : « c’est ainsi que chaque année, le 19 mars, jour anniversaire du cessez le feu en Algérie, elle rend hommage à toutes les victimes, civiles et militaires, des deux côtés de la méditerranée. Ce souvenir vaut pour l’affreux et impardonnable crime raciste du 17 octobre 1961. »

S’agissant de votre argument que : « Le devoir de mémoire (…) et les propositions d’hommage doivent être respectueuses de l’Histoire et des intentions initiales qui ont concouru à l’édification de ce monument (…), nous voulons souligner la présence des nombreuses épitaphes apposées sur le Monument départemental : « Aux victimes de la Répression Nazie » ou à son entour :

Les résistants à leurs camarades victimes du nazisme 6 juin 1944 Le CCL Saint-Lô.

- La ville de Saint-Lô aux veuves orphelins et victimes des guerres.

L’amicale de l’OMC de l’arrondissement de Saint-Lô en souvenir de Groult André – Defès Hilaric chef du groupement de Résistance de l’OMC et de leurs camarades tombés au champ d’honneur le 6 juin 1944.

La République Française en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis sous l’autorité de fait dit gouvernement de l’Etat français (1940-1941) N’oublions jamais.

A Jacques Villemer 1920-1944 et à ses compagnons FFL de la Manche Morts pour la France.

Réfractaires et maquisards de la Manche. « Il y a aussi ceux qui se sont battus en silence ou qui par leur refus de toute aide à l’ennemi ont bien servi la Patrie. Je les salue. » Charles de Gaulle 1944.

Aux réfractaires Guerre 1939-1945. J’ai livré un bon combat.

Aux combattants de la Manche Morts pour la France 1945-1954 Indochine Corée Opérations Extérieures.

C’est une évidence que le Monument départemental de la Résistance rassemble des mémoires diverses liées à cette période et rappelle notamment la souffrance des veuves et orphelins victimes des guerres, des victimes de persécutions. C’est aussi une évidence que, la dernière épitaphe figurant sur une stèle, ne se rattache aucunement aux victimes de la répression nazie et que les opérations en Indochine, Corée et Extérieures, sont souvent perçues comme le symbole de pratiques discutables d’une armée française au service de l’orgueil colonial. En tout état de cause, cette stèle est beaucoup plus en rupture avec l’intention initiale du Monument que ne le serait une modeste plaque rappelant le 17 octobre 1961 aux abords du Mémorial de la guerre d’Algérie.

La destinée des hommes qui ont soufferts, les uns à côté des autres ou les uns à combattre les autres, n’est pas de vivre chacun dans leur passé. C’est le président départemental de la FNACA qui a souligné, lors du 50 éme anniversaire du cessez le feu, l’importance de : « croiser toutes les mémoires dans un esprit de réconciliation. » Concernant la douloureuse guerre d’Algérie, vu l’évolution du positionnement de l’Etat et considérant que rien ne justifie que des victimes soient classées en bon ou mauvais morts et donc, pour ces derniers, purement et simplement ignorés, ne convient-il pas enfin, dans un esprit effectif de réconciliation auxquels de plus en plus de ceux ayant vécu ces drames aspirent, d’aller vers le refus de l’oubli du crime du 17 octobre 1961 ?

Un consensus est entrain de naître pour que le 19 mars soit la journée du souvenir de toutes les victimes. Dès lors, et dans le même esprit que les initiatives prises autour du Monument départemental de la Résistance, comment refuser que, dans la ville du Mémorial départemental de la guerre d’Algérie, soit nommément honoré le souvenir des civils, alors français d’origine algérienne, victimes de la répression le 17 octobre 1961, dont beaucoup de descendants font partie intégrante de la communauté nationale ? Aujourd’hui quels arguments justifient de s’y opposer ? La revendication d’une plaque, rappelant également la souffrance de ceux qui furent des victimes, après le 19 mars 1962, serait tout autant légitime.

Restant disponible pour toute rencontre avec les membres de l’association du Mémorial départemental AFN, qui pourrait avoir lieu sous votre égide, afin d’avancer vers un travail de mémoire partagé, nous vous prions de croire, Monsieur le maire en l’assurance de notre considération distinguée.

Pour le Mrap,

Le président de la Fédération,

Jacques Declosmenil


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