MRAP50

51émé anniversaire du 17 octobre 1961

jeudi 18 octobre 2012 par mrap

Albert Camus a dit : « Il est bon qu’une nation soit assez forte de tradition et d’honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. »

Depuis des années, à Saint-Lô, le Mrap commémore le drame du 17 octobre 1961, date clé dans l’histoire de la guerre de libération algérienne. Ce jour là, pour protester contre le couvre-feu discriminatoire qui leur avait été imposé, plus de 30 000 Algériens ont décidé d’investir les rues de Paris. Cette manifestation pacifique a fini dans un bain de sang. La police française s’est engagée dans une meurtrière répression. Ce drame a fait des centaines de victimes dont beaucoup furent jetées dans la Seine. Il y a eu plus de 12 000 arrestations accompagnées de tortures. Notre commémoration ne procède pas d’un esprit de repentance mais d’une seule exigence. Contre l’oubli, le déni et le mensonge, nous réclamons la reconnaissance par la France des violences commises. Une reconnaissance qui rende la France plus forte et plus unie.

Pour y contribuer, nous demandons qu’une plaque, rappelant ce crime d’Etat, soit apposée aux abords de ce Mémorial, érigé en souvenir des 30 000 soldats tombés en Algérie. Malheureusement, au nom d’une mémoire fondée sur une base ethnique, triste héritage du colonialisme, les associations d’anciens combattants et la municipalité de Saint-Lô, le refusent.

Certes le poids du passé est lourd. Les « événements d’Algérie » d’avant son indépendance ont fait l’objet en France de lois d’amnistie, que ce soient pour les nombreuses maisons brûlées dans les Méchda, les viols, les tortures, les exécutions sommaires, les populations déplacées. Les putschistes de l’OAS ont même été réintégrés dans leurs grades.

Oui, le contingent a participé à ces « événements ».Trop longtemps habitués à la censure politique et militaire, les appelés et rappelés s’expriment enfin dans leur diversité. Combien ont vu, dès leur arrivée en Algérie, des pancartes « Interdits aux chiens et aux Arabes » ? Combien ont vu des exactions massives, sans pouvoir réagir ? Du côté des algériens il y eut probablement au moins 300 000 morts.

Cette guerre est finie depuis 50 ans. Pour en comprendre les origines et le déroulement, il faut regarder la vérité en face.

Il est incontestable que la France coloniale et son armée ont eu un comportement atroce en Algérie afin de la peupler massivement avec de nouveaux arrivants.

Oui, dès 1830 une dépossession des meilleures terres a lieu.

Oui, une répression féroce a été organisée face aux refus des civilisations algériennes de subir la colonisation, refus qui n’ont jamais pris fin,

Oui, les colons les plus riches n’admettaient pas que les « indigènes » ou « Français musulmans » aient les mêmes droits qu’eux. Et pourtant ces « indigènes » ou « Français musulmans » avaient versé leur sang en 14-18 pour libérer la France et, à nouveau, en 1944, aux côtés d’autres tirailleurs Sénégalais…

Oui, le 8 mai 1945, lorsqu’à Sétif et dans la région, certains ont demandé la liberté en brandissant le drapeau algérien, il y eut des massacres de milliers de « Français musulmans »

Oui, des soldats et officiers reconnaissaient que, durant la guerre d’Algérie, certaines pratiques de l’armée française bafouaient gravement les droits de l’Homme.

Oui, le poids du passé est lourd. La guerre est un terrible engrenage et il y a eu des crimes et des horreurs des deux côtés. Ce Mémorial en témoigne. Mais les choses bougent.

Le MRAP se félicite notament, qu’en octobre 2011, le Parti Socialiste se soit engagé, comme d’autres partis politiques, mouvements et associations, représentés ici et que nous saluons, pour que la France reconnaisse officiellement les « événements tragiques » du 17 octobre 1961. Il y a 51ans, les forces du préfet de police, Maurice Papon : « réprimaient avec une brutalité injustifiée et meurtrière une manifestation pacifique d’Algériens défendant le droit à l’égalité et l’indépendance de l’Algérie. » Le parti socialiste a eu raison de le rappeler. Oui, il a eu raison de rappeler que le bilan fut : « dramatique : plusieurs centaines de morts noyés dans la Seine ou frappés à morts. » Oui, il a eu raison de souligner que : « Cette page sombre de notre histoire a longtemps été ignorée ou masquée. » Oui, il a eu raison de dire : « Il est aujourd’hui temps que notre pays reconnaisse ces faits et que les responsabilités dans les violences commises soient établies et reconnues. Oui, il eu raison d’affirmer : « Il est temps pour notre pays de rendre hommage à ces victimes et à leur mémoire »

Aujourd’hui le Parti Socialiste est au pouvoir. Un de ses députés, Daniel Goldberg, a écrit à Nicolas Sarkozy, à propos de ces heures sombre de notre histoire : « Pour pouvoir tourner la page de l’histoire encore faut-il que cette page soit écrite. » Celle du 17octobre 1961 est largement encore une page blanche, ce qui affaiblit les liens entre la France et l’Algérie.

Nous avons lu le message du président de la République, lors de la cérémonie en hommage aux harkis le 25 septembre dernier. Oui, la France a trahi son honneur en abandonnant les soldats français musulmans qui ont combattu pour elle. Dans ce message, il y a peu de mots à y changer pour qu’il fasse aussi sens à l’égard des Algériens. Il suffit de remplacer le mot harkis par les mots algériens ou 17 octobre 1961 : « La mémoire des Algériens victimes de la violence des forces de police est une mémoire vivante et souffrante. Elle impose à la France un retour sur elle-même et sur son histoire. En cette journée dédiée au souvenir, il importe que la vérité soit dite, que les leçons en soient retenues et que les conclusions en soient tirées. (…) La France se grandit toujours en reconnaissant ses fautes. Aux descendants des algériens qui contribuent aujourd’hui à son identité et à sa vitalité, la République doit toute la transparence sur une histoire qui est non seulement la leur, mais la sienne. Dans cet esprit les archives doivent être ouvertes et accessibles à tous. A l’histoire du 19 mars 1961, nous donnerons la place qui lui revient dans les lieux où elle s’est inscrite, dans les programmes scolaires, dans les travaux de recherches (…) C’est sur la vérité, sur la solidarité, que se construira l’unité de la nation, dans la paix des mémoires. » La concordance des mots souligne une évidence aveuglante. La souffrance des uns doit être reconnue comme celle des autres. Oui la France a trahi son honneur en bafouant les droits de l’Homme le 17 octobre 1961

Oui, au président le la République et aux parlementaires de gauche, nous demandons des actes. Maintenant nous leurs demandons une reconnaissance officielle par la France de sa responsabilité dans la répression violente de la manifestation d’Algériens, alors Français musulmans, du 17 octobre 1961. Nous savons que des résolutions ont été déposées au Parlement par les groupes Communiste Républicain et Citoyen et Europe Ecologie Les Verts. Une reconnaissance qui permettra, enfin, qu’un hommage collectif soit rendu aux victimes et à leur mémoire, comme nous le faisons, aujourd’hui, à Saint-Lô.

Dans notre ville, quel meilleur symbole de la paix des mémoires que de rendre, dans un lieu unique, hommage à toutes les victimes ? Aux anciens combattants et à la municipalité, qui refusent l’apposition, d’une plaque nous disons. Votre responsabilité est de regarder gravement et le plus honnêtement possible notre passé. Nous sommes menacés par un blanchiment des idées brunes du siècle passé. Votre responsabilité est de faire que la France s’accepte telle qu’elle est, qu’elle s’accepte dans sa diversité. Votre refus est un affront à une mémoire, elle aussi vivante et souffrante.

Cette année, lors de la commémoration du 19 mars 1962, date de la signature du cessez-le-feu en Algérie, après dix ans de guerre, le président départemental de la Fédération Nationale des Anciens Combattants d’Algérie a déclaré : « Cette commémoration doit être un geste d’apaisement permettant de croiser toutes les mémoires dans un esprit de réconciliation. » Si ces mots ont du sens, ils doivent avoir une traduction concrète à l’égard des victimes du crime d’Etat du 17 octobre 1961. Les anciens combattants des deux camps ne doivent pas avoir peur de confronter leurs vérités. Cela leur permettra d’avancer ensemble. Ils doivent avoir conscience que la mémoire est d’autant plus forte qu’elle est partagée. Ils doivent avoir conscience que la destinée des hommes qui ont souffert, les uns à côte des autres, n’est pas de vivre chacun leur trajectoire mais que le temps est venu de bâtir, collectivement, une histoire et un destin commun.

Oui, un jour la paix des mémoires triomphera. Parce que la mémoire est le ciment d’une nation, dans un contexte de montée des peurs et du rejet de l’autre : étranger, immigré, musulman ou supposé tel, Roms… il est urgent que cette paix des mémoires s’impose.

Merci pour votre présence. Elle s’inscrit dans la dure tâche des efforts inlassables qu’il nous faut déployer pour faire reculer la haine et contribuer à reconstruire une France solidaire et fraternelle.

Nous voulons que les engagements soient tenus. Nous voulons dire aux jeunes citoyens descendant des victimes du 17 octobre 1961, devenus pleinement français, que nous reconnaissons leur histoire. Avec l’espoir que le temps d’une mémoire apaisée se rapproche, retrouvons-nous le 17 octobre 2013.

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