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REMETTRE LA VERITE HISTORIQUE A SA PLACE

samedi 3 juin 2017 par mrap

Le débarquement du 6 juin 1944 a participé pour une part importante dans la défaite du nazisme.Toutefois, c’est nier la vérité historique que de présenter la guerre à l’Ouest comme décisive. On se souvient de la bataille de Stalingrad de juillet 1942 à février 1943. On oublie souvent la grande défaite infligée par l’armée rouge aux allemands devant Moscou en 1941, la bataille de Koursk pendant l’été 1943, et l’avancée de 300 à 600 kilomètres réalisée au printemps et l’été 1944 sur tout le front qui libère les territoires soviétiques, mais aussi la Roumanie, la Bulgarie et une partie de la Yougoslavie et de la Pologne. Cela a interdit à Hitler de retirer du front de l’ Est un seul soldat pour l’envoyer à l’ Ouest et grandement facilité l’avancée des troupes débarquées en Normandie. La victoire a été rendue possible à la fois par Stalingrad et par le le Débarquement.

Saluer le courage des soldats qui se sont jetés à l’assaut des plages et la dureté des combats qui se sont poursuivis pendants plusieurs semaines, ne doit pas effacer la question de savoir si, pour impressionner l’ennemi et réussir le débarquement, il fallait détruire Saint-Lô et faire de nombreuses victimes civiles (de 300 à un milliers selon les sources). En occurrence, la stratégie d’anéantissement visait à préparer les combats terrestres dont on savait qu’ils mettraient en difficulté des fantassins américains moins aguerris et motivés que les allemands. Dans son livre "Saint-Lô au bûcher "(IBN 1984) Maurice Lantier constate qu’il s’agit de "questions délicates qui méritent des réponses prudentes" . Plus de 70 ans après, la destruction de la ville reste perçue comme "un travail bien fait pour le bien de la France " et l’action des libérateurs américains est héroïsée. Selon Maurice Lantier , le Major allemand Friedrich Hayn - alors Commandant du 84 émé Corps d’Armée - , lui-même, en résidence à Saint-Lô et et le professeur américain, James A. Huston - qui passa par Saint-Lô - : " Le bombardement n’empêcha pas de puissantes forces allemandes de se porter au-devant de l’invasion et de s’y opposer haie par haie à travers la Normandie (...)". James A. Huston souligne : "(les forces aériennes) eussent pu envoyer des bombardiers en piqué pour détruire les ponts et semer des chaînes de cratères sur les routes aux endroits où celles-ci se transforment en étroit défilés entre les haies et les champs élevés". Dans son livre "La Libération de la Normandie (Hachette-Littérature 1974), l’ancien résistant Marcel Baudot précise : "sur les 275 bombardements alliés qui se situent dans la région entre le 7 mai et le 5 juin 1944, 75 seulement causent de graves dommages à l’ennemi ; sur les 408 qui ont eu lieu du 6 juin au 20 juillet, 46 seulement. (Rappelons que le nombre total des seules victimes normandes des bombardements alliés a été évalué à une trentaine de mille"). Dans les hautes sphères américaines, il y avait sans doute des moyivations inavouables : empêcher de communisme de s’implanter dans l’ Europe de l’Ouest, s’y ouvrir de nouveaux marchés pour la période de l’après guerre avec pour corollaire l’introduction de "l’Américan way of life" via le plan Marshall. Eu égard à des bombardements meurtriés pour les populations civiles, militairement assez peu efficaces et parfois déraisonnables, s’il est juste de célébrer la liesse de la Libération, il convient aussi de se souvenir de la catastrophe qu’elle fut pour des milliers de Normands dont la souffrance est trop souvent occultée.

Présentement encore les populations sont victimes des guerres et des opérations contre-terroristes. En Afghanistan, en Libye, en Syrie, au Yémen... les "dommages collatéraux" des bombardements et des drones sont tout autant meurtriers pour les civils, que le terrorisme islamique. Pour éviter des erreurs désastreuses, les objectifs militaires doivent être nettement distingués des villages où vivent hommes, femmes et enfants innocents.

Dans un monde, asservi par les puissants, où se referme l’étau d’une violence sans fin, la commémoration du souvenir des victimes civiles du bombardement de Saint-Lô, doit aussi être un un appel à solidarité envers les réfugiés vivants aujourd’hui sous les bombes, tels habitants de la "Capitale des Ruines" fuyant leur ville le 6 juin 1944 et prenant le chemin de l’exode. Cette commémoration doit signifier le rejet de toute doctrine mettant au centre des conflits armés des populations, considérées comme des objectifs militaires à conquérir et à détruire. Elle doit également marquer le refus d’une forme de terrorisme d’État consistant à faire souffrir délibérément des civils comme moyen de gagner une guerre. Cette commémoration doit enfin s’inscrire dans un bon usage de la mémoire et afficher qu’il n’y a pas de paix durable qui ne soit fondée sur le respect de l’identité et de la dignité des peuples.

A Saint-Lô le 03 juin 2017


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