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DONNER DU SENS

mercredi 26 avril 2017 par mrap

Le dimanche 30 avril, la France honorera les victimes et les héros de la déportation. Le Mrap, qui regrette de ne pas être officiellement invité aux cérémonies, s’incline devant leur mémoire et appelle à y participer. Malheureusement cette mémoire sera souillée par les provocations verbales et les mensonges d’une extrême droite négationniste qui tente de repousser ce que fut la réalité de la déportation :
- 80 000 déportés victimes de la répression nazie (résistants, otages, homosexuels...) dont 40 % ne sont pas revenus ;
- 76 000 déportés (dont 11 000 enfants) au titre des persécutions antisémites et dans le cadre de la mise en œuvre de la "solution finale de la question juive" en Europe. Seuls 3% d’entre eux sont revenus ;
- 15 000 tsiganes déportés. Très peu sont revenus.

Nous devons ne jamais oublier que l’œuvre de mort du nazisme a été préparée et facilitée par toutes les discriminations antérieures et en particulier les campagnes de dénonciation de l’immigration, ne jamais oublier que les techniques qui ont permis les rafles avaient été mises au point avant l’occupation nazie pour la "gestion des étrangers". Demain dans un contexte de crises économiques, sociales, politiques ou morales et de terrorisme, un basculement peut se produire : limitation des libertés, violence d’État, brutalisation des institutions, dévoiement des outils de surveillance, contre pouvoirs domestiqués (justice, médias, associations...), groupes de boucs émissaires persécutés (juifs, musulmans, démocrates, intellectuels, journalistes...). L’histoire des extrémismes montre parfois des accélérations terribles. Face à la passivité et à l’indifférence de la majorité, tout peut se précipiter. Les hommes qui se sont laissés piéger dans le passé n’étaient pas plus stupides que nous. La différence principale avec eux, est que, depuis Auschwitz, nous savons jusqu’où et comment l’on en arrive au pire. Le passé atteste que, mettre au cœur du débat public la question de l’identité, conduit à des extrémismes et à une obsession qui sont des moteurs puissants des engrenages qui ont mené à des crimes de masse. L’état général de toute société connaît, à des degrés divers, des tensions permanentes plus ou moins maîtrisées : préjugés, rejet de l’autre, racisme, antisémitisme, islamophobie, peurs, angoisses... Pour réguler ces tensions, la démocratie doit être fondée sur un dialogue permanent permettant de surmonter les différences naturelles d’opinions, d’intérêt, d’origines.

Le 23 avril Marine Le Pen a rassemblé 21,4 % des suffrages exprimés. C’est la poursuite d’une effrayante progression et ce serait un danger terrible pour la liberté et la laïcité si demain elle en rassemblait 40 % ou pire, accédait au pouvoir. Certes, le Front National, s’est épuré de ses néo-nazis mais, à cause des thèmes qu’il diffuse, il incarne toujours l’extrême droite française : volonté de remettre de l’ordre dans le pays sous l’autorité du chef, inscription de la préférence nationale dans la Constitution, hostilité à l’intégration des immigrés rendus responsables des malheurs qui s’abattent sur la société, politique moralisante à l’égard de l’IVG et du mariage pour tous. Mais aussi en raison des mouvements de pensée racistes avec lesquels le FN a des liens et de ses alliances au Parlement européen...

Nous sommes dans une situation de montée comme jamais des dérives. Donner du sens à la commémoration de la Journée Nationale de la Déportation, en faire une mémoire utile, c’est avoir la volonté de dénoncer le racisme et la xénophobie sous toutes leurs formes, quels qu’en soient les auteurs et quelles qu’en soient les victimes. C’est aussi dire : "Plus jamais ça" et le dépasser en se posant la question : comment faire pour que le : "Plus jamais ça" ne revienne pas ? Aujourd’hui l’avenir en commun dépend de la posture de résistance de chacun. Eu égard notamment aux récents propos de Marine Le Pen sur discours le 16 juillet 1995 du Président de la République lors du 53éme anniversaire de la rafle du Vel d’hiv, reconnaissant la responsabilité de l’État Français dans la déportation et l’extermination des juifs, faire vivre l’esprit de résistance passe prioritairement par sa défaite au deuxième tour de l’élection présidentielle le 7 mai prochain. Au- delà, pour éviter que les idées de haine ne gangrènent plus encore notre démocratie, cela implique aussi que le nombre de suffrages exprimés pour le Front National soit le plus possible minoré .

A Saint-Lô le 26 avril 2017


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