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ETRE A LA HAUTEUR DE TOUS LES ENJEUX

lundi 25 juillet 2016 par mrap

Par delà la colère et la douleur, le nouvel attentat de Nice, une des villes les plus sécurisée de France, méritait une période de deuil et de silence. Lors des hommages rendus dans le département aux victimes, mais aussi lors de la commémoration des crimes racistes et antisémites de l’État français, les mots ont redit, une fois encore, la compassion, la nécessité d’entretenir la mémoire, de ne rien céder sur les valeurs fondamentales de la République, de manifester responsabilité et unité.

Certes, mais cela suffit-il ? La barbarie déshumanisante qui déferle et diffuse la peur et la mort doit être dénoncée avec la même énergie qu’elle frappe à Nice ou ailleurs (Paris, Copenhague, Bruxelles, Bagdad, Dacca...) et quels qu’en soient les auteurs. Les choses ne sont plus comme avant. La société a été radicalement modifiée par le libéralisme qui a détruit les solidarités et engendré des conduites morbides. La France souffre. L’autre est perçu trop souvent comme un concurrent, comme une menace, pas comme un semblable. L’état d’urgence a montré sa portée limitée. Et pourtant la France va s’installer de façon durable dans une situation qui marginalise chaque jour davantage le rôle du juge judiciaire, garant des libertés individuelles, au profit du pouvoir exécutif. Au nom des droits de l’Homme, contester le tout répressif et le tout sécuritaire, c’est se faire accuser de naïveté ou pire de complicité avec les criminels. Il est donc essentiel de souligner qu’il n’y a pas à choisir entre sécurité et liberté, sauf à entrer dans un marché de dupe qui, à terme, ne garantira ni l’une, ni l’autre.

Dans un contexte de terrorisme qui va perdurer, où s’inscrivent des psychopathes, une parole raciste de plus en plus libérée risque de conduire à une la fracturation de notre société définitivement multiculturelle et à une poudrière. La plus grande vigilance est indispensable pour éviter toute globalisation artificielle mortifère et toute utilisation de tragédies à des fins racistes et chauvines. Ne faisons pas au terrorisme djihadiste le cadeau de nos divisions. La pente des mesures restrictives aux libertés et de l’ordre autoritaire ne mettra pas un terme aux déchirures françaises, à la forte xénophobie dans le pays, au drame d’une partie de la jeunesse confrontée à une logique inhumaine. En temps de crise une communauté nationale traumatisée peut commettre des actes effrayants. Face à des hommes politiques irresponsables qui jouent avec la peur, générant amalgame, discriminations et fractures au sein d’une société légitimement inquiète et choquée, celle -ci doit trouver en elle les ressources pour maintenir la paix civile. Le pays doit d’urgence réfléchir sur la réponse collective à apporter au terrorisme, se rassembler autour d’une mobilisation citoyenne qui renforce la solidarité, les libertés et les valeurs portées par la démocratie. Plutôt que de nouvelles dispositions législatives ou une pérennisation de l’état d’urgence, interrogeons-nous sur ce qui, depuis des années, a abouti à l’horreur et sur les réponses qui n’ont pas marché. Des assassins de masse ont été façonnés par la société française.

Posons aussi le débat sur toutes les causes de la situation : stratégies d’accaparement des richesses de la planète par les grandes firmes multinationales et d’exploitation des peuples ; idéologie de domination financière et économie spéculative creusant les inégalités et la misère ; redoublement d’une guerre de dimension mondiale qui écrase les nations : Syrie, Irak, Libye, Palestine et d’autres encore... avec des destructions massives, des populations ravagées et chassées de leurs pays, ce qui débouche inévitablement sur l’exil et l’aggravation du sentiment d’insécurité dans le notre. Le combat dans la durée contre le terrorisme fanatique doit également être accompagné d’une lutte déterminée contre ceux qui le fabrique, contre les responsables de la montée de l’intégrisme islamique, contre son terreau. La France ne doit pas se contenter de bombarder, elle doit agir fortement pour des solutions politiques et pacifiques conformes aux valeurs universelles qui furent les siennes en promouvant un projet de justice et d’ émancipation pour le monde arabo-musulman.

Les condoléances, les hommages, les soutiens aux victimes, les incantations ne suffiront pas. Il convient de dépasser le stade des mots. Ne pas regarder la vérité en face, ne pas être à la hauteur de tous les enjeux, c’est demain lors de nouveaux deuils, de nouvelles catastrophes, faire apparaître que la démocratie et la République seraient plus faibles que la haine, la violence, la barbarie et le terrorisme. C’est ouvrir un boulevard à tous les extrémismes et à tous les populismes. Pour en finir avec les massacres, il faut avoir l’ambition de changer de monde.

A Saint-Lô le 25 juillet 2015


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